Sondage voies antiques

 

 

Recherches sur la voirie antique de l’oppidum de Gergovie

Synthèse des résultats de la campagne 2009

M. Dacko avec la collaboration de J. Besson, D. Coin, A. Ducreux, S. Foucras, M. Garcia, V. Juana et J.-F. Pasty

 

Nouvelle problématique initiée en 2008, les recherches sur la voirie antique de l’oppidum de Gergovie ont consisté en une reprise de la documentation ancienne concernant les voies internes du plateau et ses chemins d’accès et en une série de sondages localisés au sud-ouest du site. À l’image de l’organisation des autres oppida du bassin clermontois (Corent, Gondole), le réseau viaire de l’oppidum de Gergovie possède un rôle structurant certain.

L’ouverture de trois sondages distants de 100 à 200 mètres, se situant dans l’axe NE-SO de la porte d’accès, réétudiée ces dernières années sous la responsabilité de Th. Pertlwieser (ARAFA), semblait pertinente afin de recouper en plusieurs points le tracé de la voie principale (Fig. 1).

La campagne de sondages réalisée en 2009 a mis en évidence un niveau de circulation solidement empierré et fortement marqué par la circulation des véhicules, dont la largeur (environ 8 mètres) permet de l’identifier à l’une des voies principales de l’oppidum. Cet axe est désormais renseigné sur une distance d’environ 200 m (Fig. 2).

Caractéristiques d’une voie urbaine antique

Dans sa construction, cette rue présente certaines caractéristiques d’une voie urbaine antique : des espaces dédiés à la circulation des véhicules (chaussée carrossable), à la circulation piétonne (trottoir) ou encore à celle de l’eau.

La disparité des structures relatives à l’équipement viaire rencontrées dans les trois sondages (présence ponctuelle de trottoirs, absence de rigole liée aux ruissellements des eaux sur la voirie dans le sondage 1, conservation médiocre des vestiges dans le sondage 2) freine la compréhension du projet ou la volonté d’aménagement urbanistique dans son ensemble. On constate néanmoins une gestion de l’évacuation des eaux en bordure de voirie, engendrée par un équipement toutefois sommaire : caniveaux ou encore simples dépressions linéaires, qui compensent l’absence de fossés bordiers, habituellement situés entre chaussée et trottoirs. La surface plane de la voie ne devait pas faciliter l’évacuation des eaux de ruissellement, à l’inverse des voiries de première génération de la période augustéenne telles qu’à Limoges, où les voies présentent un profil légèrement bombé.

Le trottoir ne parait pas avoir reçu de traitement particulier, tout comme les bordures immédiates de la voie qui se révèlent être de simples radiers grossièrement agencés. L’absence de fossés bordiers permet également de soulever le questionnement de la délimitation entre l’espace public et privé.

Si l’équipement de surface de cette voie urbaine est donc très sommaire, la chaussée carrossable, un radier induré de basalte dédié à la circulation des chars et des chariots, a été bâtie soigneusement (Fig. 3-4). L’aménagement d’une rue aussi large, où les véhicules pouvaient se croiser, devait en outre répondre à la nécessité d’un trafic intense et très certainement à une forte activité urbaine. L’usure de la surface roulante, les nombreuses traces d’orniérage et la présence d’un très grand nombre de clous de chaussures attestent l’hypothèse d’un axe très fréquenté.

Parmi les 247 clous de chaussures mis au jour, 67 sont des clous de type militaire. Ces clous, désormais bien mis en évidence par l’étude de V. Brouquier-Reddé et A. Deyber sur les militaria d’Alésia, sont retrouvés en grand nombre sur les grands sites de bataille de la Guerre des Gaules (Alésia, Bibracte, Gergovie, etc.) (Brouquier-Reddé, Deyber 2001 : 303-305). Ils se présentent sous la forme de petits clous en fer possédant une courte tige et une tête conique plus ou moins émoussée selon l’usure (Fig. 5). Des décors en relief en forme de croix et/ou de globules sont estampés sous la tête. Ils sont caractéristiques des clous de chaussures disposés sous les caligae des militaires romains.

Période d’utilisation de la voirie et lien avec la Porte Ouest

Si l’on réfléchit en terme de durée du fonctionnement de la voie, celle-ci semble utilisée entre la fin de la période augustéenne jusqu’aux années 20 ap. J.-C., sans dépasser les années 30 de notre ère. 

Au regard des fouilles pratiquées depuis 2004 sur le secteur de la Porte Ouest, des éléments laissaient supposer que le réaménagement de la porte pouvait être situé entre la fin de la période augustéenne et le milieu du Ier s. ap. J.-C. Les éléments découverts lors de la campagne de fouilles 2009 apportent désormais des précisions de datation intéressantes sur la phase d’utilisation de la voie. Ils nous offrent un terminus ante quem plus précis confirmant une utilisation durant la première partie de la période tibérienne, données qui pourraient être mises en perspective avec l’étape d’installation de la porte gallo-romaine, afin d’en préciser la date d’édification. Il semblerait logique d’estimer que ce réaménagement ait eu lieu durant la phase d’utilisation de la voie.

Des différentes recherches menées sur la Porte Ouest, il ressort également que la réfection de la porte pourrait se traduire par un changement de la structure et de l’organisation de l’oppidum au niveau politique ou économique : « Si le rempart représentait auparavant le statut militaire du site, c’est la porte – construite avec des solutions architecturales nouvelles (emploi du mortier et des pierres taillées) – qui présente dans un certain sens son nouveau statut public » (Pertlwieser, Ott 2005).

L’aménagement d’une rue ou voie que l’on peut qualifier de « monumentale » au regard de ses dimensions à proximité de le Porte Ouest tend-il à corroborer cette hypothèse ?

Organisation spatiale : une agglomération à rue centrale ?

Sur de nombreux oppida parmi lesquels Manching, Bibracte et Variscourt, « il existe une structuration interne de type bipartite, qui s’organise autour d’une voie centrale pouvant être rectiligne ou non. Cet axe central permet d’organiser un réseau viaire secondaire délimitant des quartiers spécialisés » (Krausz 2006-2007).

S’il est toutefois prématuré d’avancer que l’oppidum de Gergovie rentre dans le modèle de l’agglomération à rue centrale (aucune porte n’est connue de l’autre côté du plateau), la voie étudiée semble conditionner l’agencement d’un secteur à vocation artisanale à proximité de la Porte Ouest. Elle détermine également l’implantation de plusieurs espaces de circulation vraisemblablement réservés à la circulation des piétons, parmi lesquels une venelle.

La documentation ancienne fait également état d’un axe orienté nord-sud, perpétué par l’actuel Chemin de la Croix, dallé sur une grande partie de son parcours (Fig. 6). Cette voie semble mener vers une sorte de place pavée de dalles de basalte au centre du plateau et identifiée comme un espace public. Au sud du plateau, où l’emplacement d’une porte a été envisagé au XIXe s., cet axe jouxterait une seconde zone artisanale à vocation métallurgique, datée de la période gallo-romaine précoce (fouillée entre 1930 et 1948).

Ces recherches ont ainsi permis de mettre en évidence la présence d’au moins deux artères centrales qui auraient pu permettre de traverser le site d’une extrémité à l’autre. Si le réseau des rues secondaires reste difficile à appréhender en l’état actuel des recherches archéologiques (bien qu’une rue permettant de desservir la façade occidentale des temples soit avérée), ce type d’organisation spatiale viaire renvoie à de grands modèles connus sur d’autres oppida, tels que Bibracte et le Titelberg.

Une trame viaire antérieure à la période romaine ?

A la période augustéenne, l’occupation semble s’organiser autour d’axes forts. La question est désormais de savoir si cette trame s’appuie sur une organisation protohistorique ou si elle est une création romaine.

Les éléments sont encore trop rares pour dire si les orientations de la voirie s’inscrivent dans une maille orthogonale. Par ailleurs, dans le sondage 1 à proximité de la Porte Ouest, quelques structures dont le fonctionnement est antérieur aux aménagements de circulation et dont l’orientation leur est pourtant parallèle, pourraient matérialiser un axe de circulation plus ancien, dont le matériel se rapporte à LTD2b.

En outre, le modèle d’organisation décrit dans le paragraphe précédent s’apparente aux schémas d’organisation interne antérieure à la conquête romaine (Krausz 2006-2007), mis en évidence à Bibracte, Manching, et au Titelberg.

Enfin, si la campagne de fouille n’a pas permis de déterminer si cette voie pouvait mener au sanctuaire au nord-est du plateau, la phase d’utilisation de la voie ne correspond pas avec l’occupation du sanctuaire qui fut fréquenté jusqu’au IIIe s. ap. J.-C. Seuls de futurs sondages permettront de découvrir quel axe fut entretenu jusqu’à l’abandon définitif du lieu de culte.

Bibliographie 

Dacko et al. 2009 : Dacko (M.), Besson (J.), Coin (D.), Ducreux (A.), Foucras (S.), Garcia (M.), Juana (V.), Pasty (J.-F.), Recherches sur la voirie antique de l’oppidum de Gergovie, Rapport d’opération de sondages, SRA Auvergne, 2009, 2 vol.

Krausz 2006-2007 : Krausz (S.), « La topographie et les fortifications celtiques de l’oppidum biturige de Châteaumeillant-Mediolanum (Cher) », Revue archéologique du Centre de la France, Tome 45-46, 2006-2007.

Pertlwieser, Ott 2005 : Pertlwieser (Th.), Ott (I.), Recherches sur les fortifications de l'oppidum de Gergovie, Rapport de synthèse de l’opération triannuelle, Mirefleurs, Clermont-Ferrand, ARAFA, SRA d'Auvergne, 2005, 105 p.

Reddé, Von Schnurbein 2001 : Reddé (M.), Von Schnurbein (S.) (dir.), Alésia, fouilles et recherches franco-allemandes sur les travaux militaires romains autour du Mont-Auxois (1991-1997), éd. De Boccard, Paris, 2001, 571 p.

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 Fig. 2 : Localisation des principales découvertes sur l’oppidum de Gergovie et tracés des axes antiques

(DAO : M. Garcia, M. Dacko).

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