PCR chevaux

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Projet Collectif de Recherche ARCHEOLOGIE DES CHEVAUX ARVERNES (IIIe s. av. J.-C. - Ier s. ap. J.-C.).

 

S. Foucras. (UMR 8546 - AOROC, ENS Paris).

Avec :

P. Méniel : CNRS, UMR 6298 - ARTeHIS - Bibracte

P. Caillat : INRAP, Rhône-Alpes Auvergne

P. Nuviala : Université de Bourgogne, UMR 6298 - ARTeHIS

M. Balasse : CNRS, Muséum National d’Histoire Naturelle, UMR 7209

S. Goudemez : Université de Bourgogne, UMR 6298 – ARTeHIS

avec la collaboration de E. M. Geigl et M. Pruvost (CNRS, UMR 7592 - Institut Monod).

 

Fiche technique.

- Nature du projet : Projet Collectif de Recherche (PCR)

- Organisme porteur du projet : Association pour la Recherche sur l’Age du Fer en Auvergne ARAFA

Maison Domat, Place J. Domat

63730 – MIREFLEURS.

(0)4.73.39.24.21 - courriel : contact@arafa.fr

- Laboratoire de rattachement : UMR 8546, AOROC – ENS, Paris

- Laboratoires associés : UMR 7209, Archéozoologie, archéobotanique – MNHN, Paris

- Responsable scientifique : Sylvain Foucras : Archéozoologue

Chercheur associé UMR 8546, AOROC - ENS, Paris ; ARAFA

- Supervision scientifique : Patrice Méniel : Archéozoologue

Directeur de recherche CNRS, UMR 6298, ARTeHIS - Bibracte

- Participants : Marie Balasse : Archéozoologue

Chargée de Recherche CNRS, UMR 7209 - MNHN

Pierre Caillat : Archéozoologue

Ingénieur d’étude INRAP Rhône-Alpes Auvergne

Sophie Goudemez : Archéozoologue,

Doctorante Université de Bourgogne UMR 6298, ARTeHIS ; ARAFA

Pauline Nuviala : Archéozoologue

Chercheur associé UMR 6298, ARTeHIS

- Collaborateurs : Eva-Maria Geigl : Généticienne

Directrice de recherche CNRS, UMR 7592 - Institut Jacques Monod

Mélanie Pruvost : Généticienne

Chargé de recherche CNRS, UMR 7592 - Institut Jacques Monod

- Zone d’étude : région Auvergne (Puy-de-Dôme, Allier)

- Chronologie : second âge du Fer, périodes julio-claudienne et flavienne

- Supports et Financements pour 2011 et 2012 : 9 750 €

 

 

Historique du projet.

 

Cette recherche sur les équidés gaulois, amorcée en 2011 dans le prolongement d'une thèse de doctorat soutenue à l’université de Bourgogne, se donne pour double objectif de définir l'implication et la fonction de ces animaux dans la société protohistorique et antique de Gaule centrale et d’établir une spécification zoologique des équidés à la fin de l’époque gauloise.

L'étude récente des animaux des Arvernes a montré qu'à l'échelle de ce territoire, l'analyse métrique des vestiges de chevaux témoigne d'une forte variabilité des statures ; celle-ci se traduisant davantage par la corpulence des individus que par leur taille au garrot. Ce constat est d'autant plus surprenant qu'il n’a été établi qu'à partir d'une cinquantaine de pièces, pour une période chronologique relativement courte qui ne dépasse pas trois siècles. Le dimorphisme sexuel n’étant pas en cause, tout semble indiquer une variété patente de formes, d'espèces ou de races équines qu'il conviendrait d'abord de confirmer, puis de caractériser.

Cette première constatation a naturellement conduit à développer une analyse métrique des ossements équins de nos échantillons avec notamment l'étude des individus découverts dans les "fosses à chevaux arvernes" ; phénomène inédit d'inhumation d'animaux entiers qui demeure difficile à interpréter.

Il s'agit de découvertes consécutives effectuées en 2002 lors de diagnostics préventifs opérés dans le bassin de Clermont-Ferrand, sur les sites de Gondole et de l'Enfer, distants de moins de quatre kilomètres. Au total, ce sont sept fosses contenant des ensembles anatomiques de chevaux qui ont été mises au jour. Elles témoignent de pratiques spectaculaires qui semblent obéir à des prescriptions strictes d'orientation et d'agencement des corps et laissent entrevoir la mise en œuvre de pratiques singulières que l'on peine à rattacher aux activités cultuelles ou religieuses locales.

Ce mobilier privilégié, unique à l'échelle nationale, a ainsi conduit à l'élaboration d'un projet collectif d'étude concernant les équidés du territoire arverne au second âge du Fer et au début de l’époque gallo-romaine.

 

Définition du projet.

 

Ce programme de recherche consiste en une synthèse exhaustive des données archéozoologiques concernant le cheval, ou plus largement les équidés (chevaux, ânes et hybrides) de Gaule centrale pour la fin de l’âge du Fer.

L’espace géographique considéré représente le territoire des Arvernes – soit l'actuel département du

Puy-de-Dôme et la moitié sud de celui de l'Allier – que nous considérons, dans le cadre de nos travaux, comme une entité de recherche à part entière.

L’ensemble du mobilier archéologique pris en compte provient de fouilles préventives et programmées. Il couvre toute la seconde moitié du deuxième âge du Fer – bien que les niveaux archéologiques les plus récents soient les mieux documentés – et le premier siècle de notre ère.

Au final, c'est un ensemble constitué d’une vingtaine de contextes archéologiques distincts géographiquement et/ou chronologiquement, qui constitue la base documentaire disponible. C'est dans cette comparaison, à la fois synchronique et diachronique des contextes, que réside l'apport majeur de ce travail puisqu'il permet d'aborder tous les aspects de l'utilisation des équidés au sein de la société arverne, mais aussi d'en observer les évolutions.

 

L’objectif de ce projet est double :

- définir le rôle assigné à cet animal dans le fonctionnement de la société gauloise et son implication dans les différentes activités humaines.

- établir l’identité biologique de ces animaux et proposer un référentiel de données biométriques pour les équidés de la fin de la protohistoire et du début de la période antique.

Ce travail de recherche s’appuie sur un mobilier exceptionnel. L’importance du nombre de squelettes complets de chevaux mis au jour sur les sites de l’Enfer et de Gondole (n = 61), ajouté aux autres vestiges équins régionaux, compose un corpus de départ unique à l'échelle nationale. Il offre l’opportunité d’une recherche ambitieuse, qui s'appuie sur des compétences spécialisées diverses.

 

Les équidés arvernes : état des connaissances.

C’est une grande variabilité de la population équine arverne qui apparaît, celle-ci se traduisant davantage par la corpulence des individus que par leur stature. Ni le sexe ni la période ne sont à l’origine de ces différences, ce qui laisse présager une variété des formes ou des races.

La plus grande prudence est requise cependant compte tenu de la fragilité du panel analysé ; ceci d’autant plus qu’une part non négligeable des chevaux considérés sont issus de la sépulture de Gondole et se démarquent quelque peu du reste des équidés arvernes. La poursuite des études métriques de ces individus, ainsi que celles de leurs congénères "inhumés" sur le site de l’Enfer, devrait permettre de mieux les connaitre.

Du point de vue de la morphologie, des tailles et des statures très variées ont pu être différenciées mais rien ne permet encore de distinguer des animaux spécifiques, de course ou de trait par exemple.

Le seul individu témoignant d’une importation probable est présent à Gergovie, mais dans des niveaux déjà tardifs, probablement augustéens.

Plus encore que pour les autres espèces, le manque de données analysées est préjudiciable. Ces analyses morphologiques demeurent en effet trop limitées pour se faire une idée précise de l’identité de ces chevaux et il reste, de toute évidence, beaucoup à faire pour étoffer une étude encore embryonnaire. A ce stade de nos connaissances, il nous faut donc considérer ces résultats comme une première approche qu’il conviendra de compléter à la lumière des données nouvelles.

À l’échelle du territoire, il est intéressant de constater que le cheval constitue une part relativement stable, inférieure à 5 %, quel que soit le type d’occupation (ferme, habitat groupé ou oppidum) et quelle que soit la période considérée.

La différence se fait plutôt selon le contexte : en effet, les restes de chevaux sont plus nombreux dans la sphère funéraire que domestique et sont rares en contexte cultuel. Cela est notamment dû au statut particulier que revêt cet animal et aux rapports qu’il entretient avec la classe aristocratique notamment. Dans l’habitat, il est préférentiellement utilisé comme bête de somme, mais peut aussi avoir été consommé une fois réformé, bien que cela soit encore à démontrer.

La consommation du cheval n’est pas encore avérée malgré un mobilier osseux régulièrement présent dans les dépotoirs domestiques. Le statut diversifié que revêt le solipède dans la société n’est assurément pas étranger à la difficulté d’établir sa consommation. Incontestable sur de nombreux sites gaulois, l’hippophagie n’est en revanche pas attestée partout, à Villeneuve-Saint-

Germain dans l’Aisne, par exemple.

Concernant les traces de boucherie, hormis pour le débitage des grandes régions anatomiques et des traces analogues de décarnisation, la découpe des restes équins ne suit pas toujours le mode opératoire mis en œuvre pour les bovins. Les fines incisions au couteau reflètent un traitement spécifique évoquant parfois davantage une finalité artisanale (prélèvement de la peau) qu’une découpe des quartiers de viande.

A ces restes isolés, s’ajoutent des ensembles anatomiques au caractère ambigu du fait de leur mode de déposition, d’enfouissement ou de leur contexte de découverte.

C’est le cas dans le fossé du sanctuaire de Corent où un membre antérieur complet non découpé, est mêlé aux déchets alimentaires témoins d’une activité rituelle. C’est aussi le cas sur l’habitat d’Aigueperse ou encore au Brézet où un cheval complet atteste le statut privilégié alloué à certains représentants de cette espèce. Mieux encore, le traitement analogue des restes isolés de chevaux et d’hommes à Gandaillat, qui présentent les mêmes traces de dépouillement et témoignent des mêmes modalités de rejets, au sein des structures détritiques de l’habitat.

Ce sont effectivement les contextes présentant des dépôts rituels – funéraires notamment – qui nous livrent l’essentiel des ensembles équins. S’y ajoutent divers cas d’inhumations de chevaux qui suggèrent un ensemble de traitements particuliers réservés à cet animal. Il s’agit de chevaux inhumés selon des modalités complexes d’orientation et d’installations qui participent, peu ou prou à un acte ponctuel signifiant, d’ordre rituel, même si cela reste à établir avec plus de précisions.

Ces inhumations simples (au Brézet) ou collectives (à Gondole ou L’Enfer), de chevaux entiers ou de parties anatomiques (à Corent, Gandaillat ou Chantelle-la-vieille par exemple), ne forment pas réellement un tout cohérent mais plutôt une juxtaposition de cas singuliers issus de contextes archéologiques variés.

Le sens de ces pratiques reste ambigu. C’est par l'analyse croisée de faits archéologiques et de données zoologiques précises que l’on projette d’aborder ces problématiques, à la lumière d’une série d’examens détaillés appliqués à ces vestiges osseux.

Ce travail veut témoigner du rôle primordial dévolu à l'étude de la faune dans la recherche archéologique moderne, lorsqu'elle est mise au service de problématiques historiques. L'analyse des vestiges archéologiques corrélée à une approche objective de leurs contextes de découverte aboutie à de véritables résultats quant à la compréhension des sites et des faits historiques.

Ces résultats confirment des tendances déjà observées ailleurs en Gaule et mettent en lumière des aspects nouveaux, propres aux sociétés gauloises et pas seulement arvernes. Cela débouche sur une vision complexe de la complémentarité de l'utilisation et du statut de ces équidés en fonction des contextes, à l'échelle d'une société gauloise, celle des Arvernes.

Ces observations préliminaires doivent maintenant être développées. Cela passe nécessairement par un examen exhaustif des ensembles osseux et par des analyses spécialisées approfondies.

 

 

Analyses spécifiques mises en œuvre.

 

Analyses ostéologiques (S. Foucras et S. Goudemez).

 

Ostéométrie :

 

Il s’agit d’établir des profils morphologiques à travers l’étude métrique des éléments du squelette dont nous disposons. Les protocoles de mensurations des os seront préalablement définis et adaptés à cette étude.

L’examen ostéométrique s’intéresse d’abord aux variations des éléments du squelette qui permettent d’établir des critères de corpulence (gracilité) et de stature (taille au garrot) pour chacun des individus. Il contribue par ailleurs à déterminer le sexe des animaux ; cela constituera l’un des enjeux de ce travail, notamment pour la distinction des hongres et des étalons. L’ostéométrie tentera également de distinguer les caractères intrinsèques de cette espèce, notamment la présence de formes (morphotypes) ou de races particulières, comme aussi des particularités régionales spécifiques.

Ce type d’analyse pourra apporter des indications sur la distinction entre sauvages et domestiques et, concernant ces derniers, leur degré de domestication et d’endogamie (présence de caractères ataviques rémanents).

On le voit, ce travail a pour objectif final de constituer un référentiel de données ostéologiques complet.

 

Paleopathologie :

 

L’examen détaillé des restes osseux permet de mettre en évidence d’éventuelles atteintes pathologiques dont les causes peuvent être variées : congénitales, carences alimentaires, activités traumatiques, infections osseuses, blessures (fractures), etc.

L’inventaire de ces traumatismes constitue un témoin privilégié des activités qu’aura pu exercer l’animal au cours de sa vie mais également des atteintes subies d’un environnement néfaste (conditions de vie ou hygiène défavorables, carences diverses, etc.)

Une attention particulière sera également portée à la présence de traces d’origine anthropique : mise  à mort, prélèvement de la peau, découpes diverses, consommation, traitement artisanal, etc.

 

Analyses odontologiques (P. Caillat et S. Foucras).

 

L’analyse des dents a pour intérêt premier de confirmer, ou d’infirmer, l’identité caballine de ces individus, c'est-à-dire différencier les chevaux (Equus caballus) de leurs « cousins » asiniens ou des hybrides, comme le mulet.

 

Le second objectif est d’établir des caractères communs entre les individus afin de distinguer différents groupes biométriques.

Les premières analyses ont été effectuées sur les chevaux du site de l’Enfer et de Gondole. Elles se sont concentrées sur les deux dents extrêmes des séries jugales définitives, c'est-à-dire les deuxièmes prémolaires (P2) et les troisièmes molaires (M3) supérieures comme inférieures. Les incisives, les canines et une bonne partie des autres dents jugales n’ont donc pas été retenues compte tenu des contraintes de temps imposées par le cadre préventif.

 

L’examen consiste tout d’abord à constater la présence ou l’absence du pli caballin et, le cas échéant, à en apprécier le développement : il est réputé « petit » lorsqu’il est inférieur ou égal à 3 mm ; il est « grand » lorsqu’il est supérieur à cette taille.

 

Quatre mesures sont effectuées en ce sens pour les jugales supérieures :

- la hauteur de la couronne comprise entre le point de divergence des racines jugales et le sommet du mésostyle

- le diamètre mésio-distal occlusal (DMDo)

- le diamètre vestibulo-lingual occlusal (DVLo)

- la longueur occlusale du protocône (Lprto)

- On procède enfin au calcul de l’indice protocônique occlusal (Id.Prto) = Lprto / DMDo x 100.

L’analyse des dents jugales inferieures suit un schéma tout à fait comparable avec toutefois cinq mesures dentaires et le calcul de deux indices spécifiques :

- l’indice flexidique (I.Flex.) = LPF x 100 / DMDo.

- L’indice vestibulaire (I.Vest.) = LSV x 100 / DVLo

 

L’objectif de ces mesures est de caractériser les variations biologiques à l’intérieur du même groupe caballin afin de délimiter un « domaine de variation » propre à ce groupe qui pourra être comparé à d’autres groupes de chevaux (issus de fosses voisines pour l’Enfer et Gondole, d’autres sites régionaux ou de régions voisines par exemple).

 

Analyses cémentochronologiques (P. Caillat).

 

Il s’agit d’une autre analyse dentaire. Elle a pour objet de déterminer l’âge de l’animal et de connaître la saison durant laquelle sa mort est intervenue.

 

Principe :

 

L’analyse cémentochronologique est fondée sur l’étude des anneaux de cément qui se déposent de manière cyclique sur les racines dentaires des mammifères tout au long de leur vie. Un dépôt large et translucide (en observation en lumière polarisée transmise), correspondant à une période d’accroissement de la cémentogénèse (zone), se forme durant la bonne saison, tandis qu’un dépôt mince et sombre, correspondant à un ralentissement de la cémentogénèse (annulus), se forme au cours de la mauvaise saison. Une pause temporaire de la cémentogénèse se traduit par une ligne opaque, située au sein ou en bordure de l’annulus.

Ainsi, un dépôt large et translucide (zone) avec un dépôt mince et sombre (annulus/LAC) forment un anneau de cément qui correspond à une année de la vie de l’animal.

 

Méthodologie :

 

L’opération consiste à prélever des lames minces sur les dents préalablement imprégnées, sous vide, de résine translucide puis coupées dans le sens longitudinal. Dans une des deux moitiés ainsi réalisées, on prélève une « tranche de dent » qui a été collée sur une lame de verre. La préparation est ensuite amincie et polie puis examinée sous microscope, en lumière polarisée transmise, à de faibles grossissements (x 40 ; x 60 ; x 100). Trois lectures des lames minces sont effectuées sans consulter à chaque nouvelle lecture les résultats précédents de manière à vérifier leur validité.

 

Cette étude pratiquée sur un échantillon des chevaux du site de l’Enfer et de Gondole, montre que les résultats sont fréquemment compromis par le mauvais état de conservation du cément, en dépit d’un bon état apparent.

Pour ces raisons, il nous semble devoir multiplier les analyses et les coupler (pour les questions de saisonnalité) aux analyses isotopiques. Cela nécessiterai toutefois un budget en conséquence (devis à établir) car ces analyses se font en laboratoire[1].

 

Principe des analyses isotopiques pour l'étude des chevaux de Gondole-les Piôts (P. Nuviala et M. Balasse).

 

Définition :

 

Les analyses isotopiques, méthodes appliquées depuis quelques années aux problématiques

archéozoologiques (Balasse 2002 ; Berger, Peters, et Grupe 2010 ; Viner et al. 2010 ; Nuviala à paraître), apportent une nouvelle vision de l’environnement dans lequel vivaient les animaux (milieu naturel, zone géographique) et sur leurs conditions d’élevage (saisonnalité de naissance, saisonnalité de l’alimentation). Ces informations sont essentielles pour comprendre les choix zootechniques et les orientations économiques mises en oeuvre (circulations, stratégies d’élevage, préférence alimentaire, etc).

 

Dans le cadre du projet Chevaux arvernes, les premières analyses porteront sur les huit individus mis au jour à Gondole. Les questions concernant l’identité et l’origine de ces chevaux – et donc de leurs "cavaliers" – sont centrales.

 

Les analyses isotopiques réalisées sur les chevaux complèteraient ainsi les études connexes menées sur ces animaux (cémentologie, morphologie, taphonomie, etc). Dans le cas de la sépulture multiple de Gondole, elles devraient permettre d’aborder sous un jour nouveau les différentes problématiques déjà établies :

 

- concernant les aspects biologiques de ces animaux : les variations de statures observées sont-elles la conséquence d’un élevage dans des environnements différents ? Ces chevaux ont-ils reçu une alimentation particulière qui renseignerait sur leur origine géographique ou sur leur milieu de vie ?

- concernant le traitement funéraire opéré : est-il lié au statut social des cavaliers ; à leur origine géographique, etc ?

 

Il s’agit là d’établir un protocole adapté à l’étude envisagée. Bien évidemment, celui-ci pourra être étendu à l’ensemble des équidés arvernes, ceux issus du site de l’Enfer en particulier.

 

Cette étude s’inscrit utilement dans la continuité des analyses du même type que nous avons menées sur les chevaux du site du Mormont (Suisse) et qui ont abouties à des résultats très positifs. Concrètement, on souhaiterait procéder de la même façon à l’analyse combinée du d13C, du d18O et du d87Sr. Ainsi un échantillonnage des huit chevaux de la fosse de Gondole est souhaité selon le même protocole que pour les chevaux du Mormont : analyses de la moyenne sur la M1 et la M3 et séquentielles sur la M3, ce qui représenterait environ 220 échantillons.

 

 

Principe[2]:

 

C’est la composition isotopique de l’émail dentaire en oxygène, en carbone et en strontium qui est mesurée (tab. 1). Lorsqu’un animal boit et mange, l’émail dentaire enregistre un rapport isotopique lié à celui contenu dans l’eau et les plantes consommées. Or, ce rapport isotopique dépend de paramètres environnementaux comme la nature géologique du sol, les précipitations, l’ensoleillement, le type de photosynthèse des plantes consommées[3]3, etc.

Ce « stockage » des éléments chimiques n’a lieu qu’au cours de la formation de l’émail dentaire. Pour le cheval, l’ensemble de la dentition est émaillée progressivement vers quatre ans. Les résultats ne concernent donc que les quatre premières années de vie de l’animal. Dans le cas des chevaux de Gondole c’est un avantage puisque la très grande majorité des chevaux (7 sur 8) sont morts avant 4 ans : ces études offriraient donc une image de la vie de ces équidés de leur naissance à leur mort.

 

 

 

Tab. 1 : Les rapports isotopiques étudiés

 

Les analyses isotopiques nécessitent du temps et un laboratoire équipé d’un matériel adapté (salle de prélèvement, balance de précision, spectromètre de masse notamment). L’échantillonnage et la préparation des échantillons seront ainsi effectués au laboratoire de préparation isotopique de l’UMR 7209 du Muséum national d’Histoire naturelle. Les analyses proprement dites seront menées au Service de Spectrométrie de Masse Isotopique du Muséum, Département Ecologie et Gestion de la Biodiversité.

 

Des analyses de collagène sont également envisagées par ce même laboratoire, sous réserve d’obtenir les financements requis.

 

Les analyses de strontium seront effectuées au laboratoire du département des sciences de la terre de l’Université de Durham (Royaume-Unis), sous la supervision scientifique du Dr G. Nowell.

 

 

 

Analyses paléogénétiques (S. Foucras avec E. M. Geigl et M. Pruvost).

 

Concernant l’approche génétique, il semble que les possibilités de recherche soient encore très limitées. Notre demande d’évaluation de la pertinence d’une étude de ce type auprès de l’institut Jacques Monod de l’Université Diderot (Paris 7), a aboutie à un résultat peu probant. Selon E. M. Geigl, une analyse de l’ADN de ces squelettes se limiterait à déterminer le sexe et la couleur de la robe (pelage) des chevaux analysés.

Pour établir des liens de parenté entre ces individus, il faudrait au préalable investir dans une analyse poussée de la diversité génétique des populations de chevaux. Il faudrait également caractériser la diversité génétique de la période considérée pour ces marqueurs, au-delà des seuls sites arvernes.

Il est effectivement possible d’analyser l'ADN mitochondrial (lignée génétique mère-enfant), mais la diversité mitochondriale des chevaux actuels et anciens – donc celle des matrilignées – est telle qu'aucune structure de populations n'est encore clairement visible.

Ce qui est aujourd’hui possible pour les populations humaines ne l’est pas encore pour les chevaux.

En effet, ce type d’analyse s’appuie sur un référentiel de données très important ; beaucoup plus important qu’il l’est actuellement pour les populations équines.

Constituer un tel référentiel nécessiterait un financement très largement supérieur à celui prévu dans le cadre de notre projet Chevaux arvernes.

Ce constat amène à envisager la mise en oeuvre d’un projet annexe, à l’initiative de l’Institut Monod, équipe épigénome et paléognéome, au moyen d’une demande d’ANR.

Dans ce cadre, on prévoit d’élargir la période chronologique et intégrer d’autres zones géographiques. Au préalable, un test sera effectué sur quelques échantillons osseux provenant de plusieurs squelettes de l’Enfer et de Gondole afin d’en évaluer la validité.

 

 

Publication finale.

 

Ce travail de recherche développé sur 4 années fera l’objet d’une publication de synthèse complète et détaillée dont le support reste à définir (monographie ou fort article dans une revue de rang international).

Parallèlement, diverses publications intermédiaires pourront voir le jour à l’occasion de programmes de recherches, colloques ou tables rondes (voir ci-dessous).

 

 

Diffusion et valorisation des résultats.

 

                    Exploitation des données et publications scientifiques.

 

Gondole ont été présentées à l’occasion du colloque international d’Arles (avril 2012) « Equidés et bovidés de la méditerranée antique » (A. Gardeisen dir.). La publication des actes du colloque est programmée pour 2013.

 

- Les travaux de recherche concernant les inhumations de chevaux sur le territoire arverne ont été présentés à la table ronde de Bibracte (octobre 2012) « dépositions d’ossement d’animaux : de la fouille à l’interprétation » (G. Auxiette et P. Méniel dir.). La publication des actes est programmée pour 2014.

 

- Les travaux menés sur les équidés de Gondole intègreront également le projet d’activités scientifiques (PAS) souhaité par l’Inrap en 2013. Une monographie de synthèse est envisagée à l’horizon 2014.

 

 

Diffusion auprès du public.

 

- Le caractère inédit de cette recherche a motivé un projet de film documentaire par la société Courtjus Production (David Geoffroy), qui devrait suivre l’évolution de ce travail pas à pas. Ce documentaire viendra s’ajouter ainsi à d’autres réalisations du même type sur les fouilles archéologiques menées en Auvergne.

Une diffusion au format télévisé est envisagée sous réserve d’un apport financier additionnel.

 

- Des conférences organisées localement sont prévues dès l’année 2013, dans le cadre des actions de l’Arafa en partenariat avec l’Office de Tourisme de Gergovie Val d’Allier.

 

 

 

Moyens et ressources.

 

         Moyens institutionnels.

 

- ARAFA : ce projet d’étude, initié en 2011, intègre les actions menées par l’Association pour la Recherche de l’Age du Fer en Auvergne. Il bénéficie à ce titre d’un soutien financier de collectivités territoriales engagées auprès de celle-ci, notamment le Conseil régional d’Auvergne et le Conseil général du Puy-de-Dôme.

 

- INRAP : ce projet se fait en collaboration avec l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives.

 

- UMR AOROC : ce projet est rattaché aux activités de recherches du laboratoire « Archéologie d’Orient et d’Occident » de l’Ecole Normale Supérieure de Paris ; Unité Mixte de Recherche 8546.

 

Ce programme de recherche est réalisé en collaboration avec :

 

- le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) qui met notamment à disposition la logistique nécessaire aux études isotopiques (sous la supervision scientifique de M. Balasse).

 

- l’Université de Durham (Royaume-Unis), Department of Earth Sciences, qui met à disposition la logistique nécessaire aux analyses du strontium (sous la supervision scientifique de G. Nowell).

 

- le laboratoire ArteHis – UMR 6298 (axe Oikonomia), auquel sont rattachés plusieurs des participants.

 

- l’Institut Jacques Monod (IJM) – Université Diderot-Paris 7, équipe épigénome et paléogénome, qui évalue les possibilités d’analyses paléogénétiques (sous la direction de E. Meigl, avec M. Pruvost).

 

Moyens humains.

 

Ce projet repose sur les travaux conjoints d’archéozoologues aux compétences requises pour ce type d’études très spécialisées. L’ensemble des résultats étant soumis à la supervision scientifique de P. Méniel, directeur de recherche au CNRS. Cette démarche minutieuse vise à aboutir à la plus grande précision possible car celle-ci est le gage de la validité scientifique de l’étude.

 

Il est probable – et même souhaitable – que l’équipe de recherche ait à se renforcer par l’arrivée de nouveaux collaborateurs au fil des résultats obtenus et des choix scientifiques opérés.

 

Moyens financiers.

 

Le projet bénéficie de différents apports financiers de la part des collectivités partenaires de l’ARAFA et des institutions auxquelles il est associé (tab. 2 et 3).

           

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE NON EXHAUSTIVE :

 

Arbogast et al. 2002 : R.-M. Arbogast, B. Clavel, S. Lepetz, P. Méniel, J.-H. Yvinec, Archéologie du cheval, Errance, collection des Hespérides,

2002.

 

Auxiette, 1996 : G. Auxiette, La faune de l’Oppidum de Villeneuve-Saint-Germain (Aisne) : quartiers résidentiels, quartiers artisanaux, dans Revue Archéologique de Picardie, 1996, 1/2, p. 27-98.

 

Balasse 2002 : M. Balasse, Reconstructing

Dietary and Environmental History from Enamel Isotopic Analysis : Time Resolution of Intra-tooth Sequential Sampling, International Journal of Osteoarchaeology, 12 (3), p. 155–

165.

 

Berger et al. 2010 : T. E. Berger, J. Peters et G. Grupe, Life History of a Mule (c. 160 AD) from the Roman Fort Biriciana/Weißenburg (Upper Bavaria) as Revealed by Serial Stable Isotope Analysis of Dental Tissues, International Journal of Osteoarchaeology, 20 (2) (mars 1), p. 158-171.

 

Vernet et al. 2005 : G. Vernet dir., Le Brézet, Rue Georges Besse, Clermont-Ferrand (Puy-de- Dôme), Rapport Final d’opération de fouille archéologique, Inrap/SRA Auvergne, 2005.

 

Cabezuelo et al. 2007 : U. Cabezuelo, P. Caillat et P. Méniel, La sépulture multiple de Gondole, dans C. Mennessier-Jouannet et Y. Deberge (ed.), L'archéologie de l'âge du Fer en Auvergne, Actes du XXVIIe colloque de l'AFEAF, Clermont- Ferrand 2003, Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, p. 365-384.

 

Foucras 2011 : S. Foucras, Animaux domestiques et faunes sauvages en territoire arverne (Ve s. av. J.-C. – Ier s. J.-C.), Archéologie des plantes et des animaux, 3, Monique Mergoil ed., Montagnac, 2011.

 

Foucras à paraître : S. Foucras, Les équidés

arvernes et le « phénomène des fosses à chevaux » (IIe s. – Ier s. av. J.-C.), dans A. Gardeisen et C. Chandezon (dir.), Equidés et bovidés de la méditerranée antique, Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, à paraître.

 

Foucras à paraître : S. Foucras, Les dépositions d’animaux sur le territoire des Arvernes (IIIe s. av. J.-C. – Ier s. J.-C.), dans G. Auxiette et P. Méniel (dir.), Les dépositions d’ossements d’animaux : de la fouille à l’interprétation, Archéologie des plantes et des animaux, 4, Monique Mergoil ed., Montagnac, à paraître.

 

Foucras, à paraître : S. Foucras, Les inhumations de chevaux chez les Arvernes (IIe s. av. J.-C. – Ier s. J.-C.), dans G. Auxiette et P. Méniel (dir.), Les dépositions d’ossements d’animaux : de la fouille à l’interprétation, Archéologie des plantes et des animaux, 4, Monique Mergoil ed., Montagnac, à paraître.

 

Jouin et Méniel 2001 : M. Jouin et P. Méniel, Les dépôts animaux et le fanum gallo-romains de Vertault (Côte d'Or), Revue Archéologique de l'Est, 50, 2001, p. 119-216.

 

Lepetz et Méniel 2008 : S. Lepetz et P. Méniel, Les dépôts d’animaux non consommés en Gaule romaine, dans S. Lepetz et W. Van Andringa (dir.), Archéologie du sacrifice animal en Gaule romaine. Rituels et pratiques alimentaires, Archéologie des plantes et des animaux, 2, Monique Mergoil ed., Montagnac, 2008 p. 155- 164.

 

Lepetz et al. 2010 : S. Lepetz, C Bémilli, S.

Pluton-Kliesh et A. Cottard (coll.), Le site antique du « Clos au Duc » à Evreux (Eure). Sépultures de privilégiés ou trous à ordures ?, dans A. Gardeisen, E. Furet et N. Boulbes (ed.), Histoire d’équidés. Des textes, des images et des os, Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, Hors-série, 4, 2010, p. 29-56.

 

Méniel 2008 : P. Méniel, Sacrifices d’animaux, traditions gauloises et influences romaines, dans S. Lepetz et W. Van Andringa (dir.), Archéologie du sacrifice animal en Gaule romaine. Rituels et pratiques alimentaires, Archéologie des plantes et des animaux, 2, Monique Mergoil ed., Montagnac,

2008, p. 147-154.

 

Nuviala à paraître : P. Nuviala, La circulation des chevaux entre l’Italie et la Gaule : l’exemple des chevaux du Mormont (canton de Vaud, Suisse), Revue Archéologique de l’Est, à paraître.

 

Pirling et Siepen 2006 : R. Pirling et M. Siepen, Die Funde aus den römischen Gräbern von Krefeld-Gellep: Katalog der Gräber 6348-6361, Franz Steiner Verlag, 2006.

 

Viners et al. 2010 : S. Viner, J. Evans, A.

Umberto et M. Parker Pearson, Cattle mobility in prehistoric Britain: strontium isotope analysis of cattle teeth from Durrington Walls (Wiltshire, Britain), Journal of Archaeological Science, 37, p. 2812-2820.



[1] En l’occurrence, les premières analyses établies pour le site de l’Enfer ont été effectuées au laboratoire de Géologie et d’Océanographie de l’université de Bordeaux I.

[2] Ce protocole a été appliqué dans le cadre d’une thèse de doctorat qui sera soutenue au cours de l’année 2013 à

l’université de Bourgogne, sous la direction de P. Méniel.

[3] Sous les latitudes plus chaudes, les végétaux ont majoritairement une photosynthèse de type C4, qui se traduit par un taux

plus élevé en δ13C dans l’émail dentaire si les chevaux les ont consommés.

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