Cordes-Chateloi

 

 

La fouille 2009

Fouille programmée :
- Conduite du projet : Association pour la Recherche sur l'Age du fer en Auvergne
- Responsable d'opération : David Lallemand
- Photos : ARAFA


Le programme a permis de préciser la topographie du site et des fortifications grâce à la mise en oeuvre d'une technique de prospection innovante par balayage laser aéroporté (technique Lidar), tandis que la prospection géophysique extensive a permis de mettre en évidence les traces de constructions très denses sur plus de 3 ha (réseau de voies dallées, îlots d’habitations, sanctuaire) .


Le volet le plus important de la recherche a néanmoins consisté à entreprendre la fouille intégrale de la principale porte de cette vaste fortification.

Chaussée dallée

Après trois campagnes de travail méticuleux qui ont mobilisé chaque année plusieurs dizaines d'étudiants, et le déplacement de centaines de m3 de matériaux, la porte d’entrée de la ville révèle enfin sa physionomie, mais aussi toute son histoire...

          Fouille en cours des vestiges de la porte d’entrée monumentale.
Soixante étudiants de différentes universités ont été accueillis sur les fouilles cet été.

 Ces résultats parachèvent un programme d’étude débuté en 2001, avec des sondages (2002) et des fouilles de grande ampleur poursuivies ces dernières années (2003, 2005, 2007-2009), ceci grâce au soutien financier de l’Etat, du Conseil régional d’Auvergne, du Conseil général de l’Allier et de la commune d’Hérisson.

 

 

Les découvertes sont à la hauteur des dimensions de la forteresse et de sa réputation grandissante chez les spécialistes. Cette porte donnant accès à la ville – passage obligé des chariots, marchands, cavaliers et autres troupes militaires – dispose d’une architecture très originale, à mille lieues de celle que les Romains ont apportée d’Italie il y a 2000 ans et dont nous suivons encore les règles.

Vue générale du couloir de la porte à droite, bordé à gauche d’un bastion d’une conservation spectaculaire.
 Les trous fouillés en haut à droite correspondent aux fondations d’un grand porche d’entrée, qui surmontait une porte massive en bois à deux ventaux, retrouvés brûlés sur place ; largeur du couloir de circulation : 7 m)


Les remparts gaulois mis au jour à Hérisson associent en effet plusieurs matériaux différents. L'ossature de ces remparts consiste en un assemblage de grandes pièces de bois horizontales entrecroisées (aujourd’hui disparues) assemblées par de grands clous en fer.

La façade des murs est habillée de grands blocs de grès soigneusement taillés, au sein desquels des vides signalent l'extrémité des « tirants » de bois. Cette architecture typique des oppida gaulois avait surpris  César lui-même, qui s'était attardé à la décrire sous le nom de murus gallicus, en ajoutant même une appréciation d'ordre esthétique : ce genre de rempart, « n’est pas désagréable à l’œil ».
Les découvertes d'Hérisson nous révèlent cette architecture qui avait impressionné le général romain. A l'échelle européenne, les vestiges de cette qualité sur des oppida,avec l'emploi de pierres soigneusement taillées, se comptent sur les doigts d’une main ; mais tous sont d’une conservation bien en deçà d’Hérisson.

Cliché de détail de l’angle du bastion construit avec la technique gauloise du murus gallicus (à l’image de la description donnée par J. César en -52 avant J.-C.)
        Il n’existe par en Europe de mur gaulois conservé de cette manière (ici, 2 m de hauteur) ;
L’éventualité d’un classement au titre des Monuments Historiques est envisagée, d’autant que ce monument semble bien être contemporain de la Guerre des Gaules (-58 / -52 avant J.-C.)

 

 

En 2009 a plus précisément été mis au jour un bastion de 4,5 m de largeur de façade pour 8 m de longueur, entièrement construit avec cette technique purement gauloise. Cet ouvrage limite au sud le large couloir d’accès à la porte. Préservé jusqu’à 2 m de hauteur ce qui constitue un fait unique en Europe, son intérêt réside dans son degré de préservation et la qualité de son bâti. Il associe plusieurs techniques de construction et des dispositifs qui n’ont encore jamais été observés sur d’autres fortifications celtiques. L’utilisation de blocs taillés dans le grès rouge local rehausse le caractère ostentatoire du monument.

Vue de lafaçade du bastion laissant apparaître les loges d’où sortaient les extrémités des tirants de bois. Cette technique de construction associant la pierre (façade), la terre, le bois (ossature) et de grandes fiches en fer est typique de l’architecture gauloise des IIe et Ier siècles avant J.-C.
 Le bastion mis au jour à Hérisson est un ouvrage unique en Europe.

 

Le couloir d’entrée, large de 7 m, a encore conservé la surface de roulement d'origine, marquée des profondes ornières laissées par le passage répété des chariots. En outre, l'entrée porte les stigmates d’un incendie, sous forme de vestiges de bois carbonisés et de traces de feu sur le sol et les pierres. Les dizaines de clous et diverses traces retrouvées au cours des fouilles appartiennent sans doute aux ventaux de la porte massive qui fermait le couloir. Les empreintes de grands poteaux de bois conservées dans le sol suggèrent également l’existence d’une construction surélevée – un grand porche - qui permettait le contrôle de la circulation.

Traces d'incendie

 

 

Il y a de fortes chances que l’incendie qui a ravagé cette porte monumentale soit lié à l’un des épisodes célèbres contés dans les Commentaires sur la Guerre des Gaule de Jules César. Le général romain écrit que vingt villes du peuple gaulois des Bituriges sont incendiées au printemps 52 sur les ordres de Vercingétorix, afin de priver les légions de ravitaillement, alors qu’elles se dirigent vers Avaricum (Bourges). Parmi les vingt villes bituriges à témoigner de ce sacrifice, l’oppidum de Hérisson serait le premier à être reconnu par l’archéologie.

Rares sont les sites qui ont livré des vestiges en rapport direct avec les événements militaires de la guerre des Gaules. On peut seulement citer Gergovia à La Roche Blanche près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Alesia à Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or) et Uxellodunum au Puy-d’Issolud (Lot). Hérisson pourrait bien rejoindre cette liste remarquable de sites historiques reconnus d’intérêt national (deux sont classés Monuments Historiques).

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