Gondole


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Gondole, oppidum Arverne (63)

Gondole, oppidum Arverne (63)

Ullysse Cabezuelo, Yann Deberge

10 septembre 2008

Le site de Gondole (commune du Cendre) est, des trois oppida arvernes localisés au sud du grand bassin clermontois,celui qui reste le plus mal connu du grand public et de la communauté des chercheurs.

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L’oppidum de Gondole à la confluence de l’Allier et l’Auzon

Pourtant, dès le XIXe siècle, il y est fait mention de découvertes surprenantes qui étaient considérées, jusqu’à la reprise récente des recherches, avec beaucoup de circonspection. Ainsi, P.-P. Mathieu, érudit local qui suivait de près les travaux liés à la voie de chemin de fer construite à proximité immédiate du site, dit avoir vu « un squelette humain, la tête coiffée d’un casque d’airain », un « puits de 2 m de diamètre rempli de pierres mêlées à des ossements de chrétiens » ou encore une « fosse de 12 par 12 pieds remplie d’ossements de chrétiens mêlés à quelques os de cheval ».

LA REDÉCOUVERTE DU SITE

L’identification du site à un oppidum gaulois est finalement récente puisqu’on la doit à une prospection réalisée dans les années 1980 à l’intérieur du site (J. Collis). C’est également à cette époque que l’attribution à la période protohistorique a été proposée pour l’imposante fortification qui protège le site.

Les premiers travaux d’envergure n’ont été réalisés qu’au début du XXIe siècle, à l’occasion d’un projet routier et urbain. Une opération de diagnostic archéologique, conduite entre 2002 et 2005 (U. Cabezuelo, INRAP),a concerné toutes les parcelles situées en avant de la fortification et se trouvant à l’ouest de la voie de chemin de fer, soit un espace d’environ 45 hectares. Ces sondages systématiques ont révélé que, loin d’être fantaisistes, les descriptions faites au XIXe siècle relatant la découverte de vestiges funéraires quelque peu inhabituels renvoyaient bien à une réalité archéologique. Cette opération a également montré que l’occupation laténienne ne se limitait pas au seul espace fortifié mais débordait très largement à l’extérieur de l’oppidum. Depuis 2005, une opération de fouille programmée est conduite, plus à l’est, immédiatement aux abords du fossé défensif de l’oppidum (Y. Deberge, ARAFA). Après une campagne de reconnaissance archéologique portant sur 3 hectares, la zone de fouille se concentre finalement sur un secteur de5000m² à forte densité de vestiges, l’objectif étant de compléter les informations apportées par les travaux préventifs, notamment en caractérisant le mode d’occupation de cet espace situé en dehors de l’espace fortifié.













Ces observations de terrain, cumulées à celles obtenues par prospection aérienne, méthode de repérage des vestiges particulièrement efficiente sur ces terrains alluviaux, attestent,chose rarement observée sur les oppida de Gaule interne,d’une occupation qui déborde largement de la seule zone fortifiée. Au total, la surface occupée par l’oppidum et ses abords à la période gauloise est de 70 ha, soit une surface équivalente à celle des proches voisins de Corent et de Gergovie.

ORGANISATION DE L’OCCUPATION LATÉNIENNE

L’oppidum est implanté à la confluence de l’Allier et de l’un de ses affluents, l’Auzon. Ces deux rivières ont dégagé un éperon qui surplombe d’une vingtaine de mètres leurs lits majeurs. Cette position, naturellement fortifiée, a été renforcée par l’installation d’un ouvrage massif, un large fossé suivi d’un haut talus, qui barre sur 600 m de long ce site de confluence. Ainsi délimité, l’oppidum même occupe une surface d’environ 28 ha.

En avant de cet ouvrage, la topographie est nettement plus plane et se présente sous la forme d’un vaste versant qui s’élève selon une pente très douce vers l’ouest. Les terrains situés au sud et à l’est correspondent aux terrasses hautes et basses de l’Allier. C’est sur cet espace non fortifié que se développe, sur environ 40 ha, l’occupation extensive mise en évidence récemment. Dans la partie nord-ouest, les vestiges renvoient préférentiellement aux domaines religieux et funéraires. Dans la partie sud-est, l’occupation est plus tournée vers les domaines domestiques et artisanaux.

L’OUVRAGE DÉFENSIF

La fortification se présente aujourd’hui sous la forme d’une vaste dépression, large de70 m et profonde de 4 m, suivie d’un talus,ponctuellement conservé sur 8 m de hauteur,qui s’étale sur près de 80 m de profondeur.

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Un sondage, réalisé sur la moitié de sa largeur (l’autre moitié est située sur des terrains privés non accessibles), a révélé un creusement aux parois abruptes et un fond plat marqué par la présence d’un aménagement dans la partie centrale du fossé (palissade, douve ?).

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Sondage dans la moitié sud du fossé

La présence de quelques restes organiques à la base du creusement, dont quelques lentilles d’eau, indique que la partie basse du fossé pouvait être en eau. Ces observations permettent de tenter une restitution de la forme initiale de l’ouvrage : ce vaste fossé devait, à l’origine, avoisiner les 8 m de profondeur et approcher 30 m de largeur à l’ouverture. Son creusement a permis le dégagement d’une masse de terre considérable (environ 135 000 m3), qui a servi à l’édification du rempart. L’architecture interne du rempart n’est pas connue. Cependant, la découverte de gros blocs calcaires présentant une face de parement, en plusieurs points du site (y compris en remploi dans certaines structures laténiennes fouillées récemment), indique que cet ouvrage a pu avoir un habillage de pierres.

Le seul accès visible à la zone fortifiée correspond à une interruption marquée dans le tracé de l’ouvrage, approximativement aux deux tiers sud. Cette entrée, encore utilisée aujourd’hui, est traversée par un chemin vicinal qui se prolonge, en ligne droite, à l’intérieur du site.Il est très probable qu’il reprenne le tracé d’une ancienne voie comme en témoigne l’orientation des vestiges laténiens qui se distribuent, de façon cohérente, perpendiculairement et parallèlement à cet ouvrage, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du site.

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restitution de la voie monumentale
découverte en avant de l’oppidum (J. Dunkley, INRAP

Une autre voie empierrée, beaucoup plus monumentale, a été récemment mise en évidence en avant de l’oppidum. Constituée d’une voie de roulement empierrée de 6 m de large, elle est bordée de part et d’autre de profonds fossés ou tranchées de palissade. Son tracé, repéré sur 400 m de longueur, part en direction de l’oppidum voisin de Gergovie.

LA ZONE INTERNE DE L’OPPIDUM

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Vestiges archéologiques
perçus par photographie aérienne dans la zone interne de l’oppidum.

L’espace fortifié n’est connu que par l’intermédiaire de quelques sondages, de taille très réduite, et de prospections au sol. Ces observations confirment la présence de niveaux archéologiques (sols construits et structures en creux) conservés, ainsi que leur datation au Ier siècle av. J.-C. Les photographies aériennes sont d’un apport bien plus déterminant pour ce qui est de la perception de l’organisation générale des vestiges. Elles mettent en évidence, aux emplacements où la végétation de surface n’empêche pas les observations, une occupation très structurée. Le long de la voie centrale, des axes de circulation installés orthogonalement déterminent des îlots de quelques milliers de mètres carrés chacun. Au sein de es espaces, se distinguent de grandes structures quadrangulaires, d’environ 40 m2, et des vestiges plus ponctuels, généralement circulaires et d’un diamètre limité (1 à 2 m).La fouille conduite à l’extérieur du site permet d’interpréter ces aménagements visibles, de façon spectaculaire, depuis les airs. Palissades, caves et puits semblent consteller la zone interne de l’oppidum.

UN ESPACE À VOCATION FUNÉRAIRE ET RELIGIEUSE

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Sépulture d’hommes et de cheveaux
découverts en avant de l’oppidum (U. Cabezuelo, INRAP)

C’est dans la partie ouest de l’espace « extramuros », et au nord de la grande voie, qu’a été découvert au cours de l’année 2002, le spectaculaire ensevelissement d’hommes et de chevaux. Dans une fosse rectangulaire,ont été dégagés huit hommes et huit chevaux,identifiés à des cavaliers et leurs montures. Le soin apporté à la mise en place des défunts (sept hommes et un adolescent) et à celle des animaux (tous des mâles adultes) permet d’écarter l’hypothèse d’une sépulture de catastrophe, ce que le nombre pourrait laisser suggérer. Une mise en scène précise a .été recherchée. Les chevaux sont installés sur deux rangées dans la partie ouest de la fosse, tête au sud. Les hommes sont disposés, sur deux rangées, dans la partie est de la fosse,tête au sud. Les défunts sont placés sur le côté droit, le bras gauche reposant sur l’épaule du voisin. Aucune trace témoignant d’une mort violente n’a été mise en évidence sur les squelettes. Aucun élément mobilier (pièce de harnachement ou armement) ne vient nous éclairer sur la signification de cet ensemble funéraire particulier. La découverte de Gondole renvoie à un type de pratiques, situées à la limite du funéraire et du religieux, qui sont assez largement documentées en Gaule interne, bien que sous des formes très différentes. Sur le sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre (Somme), ce sont des éléments désarticulés d’hommes et de chevaux qui ont été regroupés, bien après la mort, dans un vaste ossuaire. Sur le site de Vertault (Côte-d’Or), on retrouve cette association d’hommes et d’animaux, et notamment de chevaux. Toutefois, jamais le lien entre les hommes et les chevaux n’est aussi étroit et évident qu’à Gondole. Dans les champs du possible, l’hypothèse d’une mise à mort collective de clients au décès du puissant qu’ils servaient, pratiques décrites par César dans ses Commentaires, peut également être envisagée. « Tout ce qu’on croit avoir été cher au défunt pendant sa vie, on le jette dans le bûcher, même les animaux ; et il y a peu de temps encore, on brûlait avec lui les esclaves et les clients qu’on savait qu’il avait aimés, pour complément des honneurs qu’on lui rendait » (César, Guerre des Gaules,6,19). Une dernière hypothèse serait de voir,dans cette sépulture particulière, un témoignage des événements qui ont agité la région en 52 av. J.-C.

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Vestiges funéraires
découverts à l’ouest de la fortification

Les fortifications césariennes liées au siège de Gergovie ne se situent, en effet, qu’à quelques milliers de mètres du site de Gondole…Depuis, la mise en contexte fournie par l’extension des travaux de diagnostic nous éclaire un peu plus sur la nature de cette découverte exceptionnelle. La datation à la fin de l’âge du Fer, déjà proposée à partir d’une analyse 14C, est confirmée par la collecte d’éléments mobiliers (céramique, amphore, monnaie,fibule…).

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D’autres fosses du même type ont été repérées en plusieurs emplacements (au moins 19 dans les sondages réalisés). Toutes ne présentent pas cette association particulière d’hommes et de chevaux. Certaines contiennent des bovins, d’autres des caprins. Enfin, des sépultures à inhumation et des enclos fossoyés rectangulaires renvoient à des pratiques funéraires plus classiques. L’association des ces différents types de vestiges témoigne d’une utilisation mixte de cet espace, dans le cadre de pratiques à la fois religieuses et funéraires.

UN « FAUBOURG » ARTISANAL

Au sud de la grande voie, l’occupation est de nature domestique et artisanale.

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La zone artizanale dégagée aux abords de l’oppidum
(Y. Deberge, ARAFA)

Toujours situé à l’extérieur de l’enceinte de l’oppidum,ce « faubourg » de la ville gauloise s’étend jusqu’à la basse terrasse de l’Allier située plus à l’est.

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Voie comprenant deux ététs distincts
(Y. Deberge, ARAFA)

Même si ponctuellement on rencontre quelques sépultures réparties de façon éparse sur le secteur, la très grande majorité des structures correspond à des caves, des puits,des fosses et vestiges artisanaux. La fouille programmée conduite, depuis 2005, sur un peu plus de 3000 m2 au cœur de cet espace, permet une première caractérisation de cette occupation. A l’image de ce qui est perçu pour la zone interne de l’oppidum, ce secteur apparaît fortement structuré.

Les vestiges s’organisent de part et d’autre d’une longue voie empierrée qui se développe perpendiculairement au chemin vicinal actuel, qui pérennise très certainement un axe de circulation ancien.

Plusieurs grandes caves, initialement surmontées de bâtiments de bois, sont présentes de part et d’autre de cette voie. Elles occupent une emprise au sol comprise entre 16 et 40 m2 et sont toutes pourvues d’une descente d’escalier taillée dans le substrat avec, pour certaines, un emmarchement en pierres. Ces caves comportent un cuvelage en bois destiné à prévenir les éboulements des parois.

Leur sol, très plan, est constitué une couche de limon marneux. Les puits sont également très présents. Leur nombre s’élève à 25 sur les 3000 m2 décapés. Certains d’entre eux comportent les traces d’un cuvelage de bois, dispositif indispensable en raison du caractère meuble du substrat superficiel (sable et grave).

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Plan d’une cave
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Cave
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reconstitution d’une autre cave

Ces structures livrent un abondant mobilier détritique parmi lequel les amphores vinaires, récipients encombrants et difficilement réutilisables, figurent en bonne place. Les puits livrent ponctuellement des restes organiques conservés (semelle en bois, fragment de seau, spatule en bois, macro-restes végétaux…) qui documentent un aspect de la vie quotidienne.généralement peu connu, faute de vestiges. Quelques trous de poteau, mal conservés, marquent l’emplacement de constructions au plan difficilement déterminable.

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rejet d’amphores dans des puits
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Les vestiges artisanaux sont, quant à eux, omniprésents avec notamment de très nombreuses fosses destinées à la préparation des argiles. Autres structures emblématiques de la production potière, huit fours ont été mis au jour. Ils sont de plan très standardisé avec deux laboratoires de cuisson circulaires de petite dimension (1 m de diamètre environ) associés à un seul laboratoire de chauffe. Ces fours sont simplement aménagés par creusement dans le substrat graveleux, la paroi interne étant juste recouverte d’une couche d’argile. Les mieux préservés montrent un conduit de chauffe voûté, un laboratoire de cuisson muni d’un ressaut périphérique et une languette destinés à supporter une sole amovible constituée de gros fragments de récipients réutilisés. Les ratés de cuisson comptent pour près de la moitié des rejets céramiques collectés sur le site.

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Four de potiers
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Article publié dans "L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril - mai 2008" qui nous a aimablement autorisé à le reproduire.

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